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La chimie du huard
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Tout a commencé lorsqu'on s'est rendu compte que le dollar de papier s'usait trop vite. Pourquoi ne pas en faire une pièce de monnaie? Au Canada, on avait déjà un dollar en métal blanc, mais personne ne l'utilisait.
La solution : une pièce dorée, plus petite.
C'est Sherrit Gordon Limitée qui a suggéré d'utiliser une pièce de nickel recouverte d'un alliage cuivre-étain pour donner à la piéce sa couleur dorée.
Mais comment appliquer cet alliage?
Voilà un défi pour la chimie.
Sherrit disposait déjà d'un procédé d'électro-déposition du nickel sur une âme d'acier. Pourquoi alors ne pas l'appliquer à un alliage cuivre-étain sur une âme de nickel?
Au laboratoire, les chimistes se sont mis à l'oeuvre pour savoir si c'était possible.
Ils ont d'abord suspendu une plaque de nickel dans un vase à bec contenant une solution alcaline, renfermant elle-même des ions de cuivre et d'étain. Des plaques de cuivre ont ensuite été introduites dans le vase et branchées directement à une source d'énergie électrique pour transformer le nickel et le cuivre respectivement en cathode et en anode, d'une même cellule électrolytique. Sous l'influence du courant électrique, les ions de cuivre et d'étain ont été attirés par la cathode de nickel sur laquelle ils se sont déposés.
En transférant la méthode mise au point en laboratoire à la production commerciale à grande échelle, on a déterminé que les composantes critiques de l'électrolyte étaient le cuivre, l'étain, l'hydroxyde de potassium et le cyanure de potassium. On a aussi découvert que non seulement les concentrations de chaque élément étaient importantes, mais aussi les rapports de certains des composants, comme le cuivre par rapport au cyanure de potassium et l'étain par rapport à l'hydroxyde de potassium.
Les chimistes ont mis au point une technique pour s'assurer que le taux d'oxydation de l'anode de cuivre corresponde exactement au taux d'extraction des ions de cuivre de la solution, et ont fait en sorte que la densité du courant soit toujours la même. Ils ont aussi conçu des méthodes d'analyse perfectionnées et des systèmes de compensation chimique incluant des titrateurs automatiques et la fluorescence par rayons X, pour assurer une réaction rapide à tout changement dans la composition de l'électrolyte. Tout le procédé a exigé des mesures de contrôle exceptionnelles pour respecter les pourcentages de l'alliage (11,4 à 13 pour cent d'étain, le reste de cuivre) afin d'obtenir une couleur et une résistance à la ternissure et à l'usure optimales.
En 1986, la Monnaie royale canadienne décidait que la nouvelle pièce d'un dollar serait la pièce de nickel plaquée d'un alliage cuivre-étain mise au point par Sherrit. Elle devait arborer le traditionnel canot des « voyageurs ». Mais, en route pour Winnipeg, les matrices ont été perdues. Pour éviter l'apparition de pièces contrefaites dans l'avenir, les matrices retrouvées ont été détruites et on a choisi un autre dessin dans les archives de la Monnaie royale : le huard. Le 30 juin 1987, les huards des premières pièces purent contempler la lumière du jour pour la première fois.
Sherrit détient maintenant un brevet pour cette méthode unique de galvanoplastie des piéces de monnaie.
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