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Des coquillages cachottiers
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Il
vous est sûrement arrivé de vous régaler d'huîtres, de
palourdes, de crabes, de crevettes, de homards ou d'écrevisses.
La prochaine fois que vous participerez à un tel festin, retenez
votre geste au moment de jeter une coquille. Celle-ci contient un
polymère de grande valeur appelé chitine. Un polymère est une
longue chaîne constituée de nombreuses petites unités qui se
répètent et qui, dans le cas qui nous occupe, forment une
coquille destinée à protéger un animal aquatique. L'unité
répétitive dans le cas de la chitine est le
N-acétylglucosamine, qui est un monomère de glucose modifié
d'azote (amine) et d'un groupe CO-CH3 (acétyle) rattachés au
carbone C-2 de l'unité de glucose. Différentes animaux marins
continennent de la chitine en diverses proportions, laquelle
forme des complexes avec des molécules organiques ou
inorganiques différentes, comme les protéines, le carbonate de
calcium ou le phosphate de calcium, de même que des pigments qui
donnent son apparence extérieure à la chitine.
Comme la chitine n'est pas soluble dans l'eau, ses
applications sont limitées. Certains dérivés de la chitine (le
même polymère fait de groupes légèrement différents
rattachés au glucose), toutefois, peuvent ètre transformés par
les chimistes en produits solubles dans des solvants aqueux.
Cette découverte découle d'une recherche dirigée par le
professeur Clive Elson du département de chimie de l'Université
St. Mary's à Halifax. Afin de pouvoir exploiter sa trouvaille,
le professeur Elson a fondé un laboratoire industriel appelé
Nova Chem Ltd. où des chimistes font des recherches et
élaborent les nombreuses applications des dérivés de la
chitine. L'un de ces dérivés, appelé chitosan, diffère de la
chitine en ce sens que le groupe acétyle en a été extrait par
hydrolyse (lorsque le H2O rompt ou lyse une liaison), ne
conservant que la liaison NH2 avec le glucose. Ce polymère est
soluble dans des acides dilués parce que le positivement, ce qui
rend le polymère plus soluble dans l'eau. L'autre dérivé,
appelé N,O-carboxyméthyl chitosan (NOCC), diffère de la
chitine en raison du remplacement du groupe acétyle par le
groupe carboxyméthyle (CH2COOH) et de l'addition du groupe
carboxyméthyle au groupe hydroxyle C-6 (OH) de l'unité de
glucose. Cette molécule est beaucoup plus utile que la chitine
ou le chitosan en biologie parce qu'elle se charge négativement
et devient soluble dans des conditions légèrement basiques
correspondant, par exemple, au pH physiologique.
Avant qu'une molécule étrangère quelconque ne soit
introduite dans le corps à des fins biomédicales, elle doit
faire l'objet d'essais poussés au cours desquels on s'assure
que, une fois qu'elle sera introduite dans l'organisme, le
système immunitaire ne l'attaquera pas pour l'éliminer. Les
études portant sur les dérivés de la chitine ont prouvé que
ce polymère est biocompatible (le système immunitaire ne
l'attaque pas lorsqu'il est introduit dans le corps). Il résulte
de cette biocompatibilité que N,O-carboxyméthyle chitosan peut
être utilisé pour la greffe osseuse. Dans ce cas, le NOCC est
mélangé à un autre produit chimique appelé hydroxyapatite
(HA). Lorsqu'elles sont mélangées, ces deux molécules forment
une pâte qui peut être utilisée comme du plâtre de Paris pour
la réparation orthopédique de fractures. Une fois que la pâte
malléable est appliquée à une fracture osseuse, elle obture la
fracture dans l'os et renforce ce dernier. Le NOCC est également
utilisé en chirurgie plastique. Les recherches à ce jour
indiquent que ce produit accélère de 50 p. cent le processus de
guérison des blessures au derme (couche intérieure de la peau).
Cette vitesse de guérison accrue découle de l'accélération de
la cruissance des cellules épithéliales qui forment la couche
extérieure de la peau. Les mêmes recherches ont également
permis de découvrir que le NOCC diminue le recrutement vers la
région blessée de cellules qui sont la cause d'inflammations.
La méthode a été appliquée à la transplantation de reins,
où le NOCC a réduit les adhérences cellulaires indésirables.
Le NOCC a également été utilisé pour transporter des
médicaments dans des régions éloignées du corps.
Le NOCC est également précieux dans des applications non
médicales, comme la conservation des fruits. Celle-ci est
assurée par le dépôt d'une couche protectrice à la surface
des fruits et des légumes à protéger, comme les pommes, les
poires Bartlett, les poivrons, les tomates, les choux-fleurs, les
choux de Bruxelles, les fraises et les courges. Cette couche
protectrice prolonge la vie du fruit en lui conservant son
humidité et en assurant une perméabilité sélective à
certains gaz. La pellicule de NOCC permet au fruit de conserver
son gaz carbonique, empêche l'oxygène de pénétrer et laisse
échapper l'éthylène. La durée de vie d'un fruit peut ainsi
s'accroître de plusieurs mois, parce que le gaz carbonique est
aux fruits ce que l'oxygène est à l'humain et que l'éthylène,
s'il est conservé, permet aux fruits de mûrir (en langage de
fruiterie, d'arriver à maturation).
Les possibilités de ce polymère sont innombrables et l'on
ne fait que commencer à lui trouver des applications. Restez à
l'affût des prochaines découvertes de ces scientifiques de la
Côte est canadienne.
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