Des
Plastiques Détecteurs de Virus!
Ils font partie de notre quotidien et nous entourent. Nous
les touchons, parfois même sans y penser. Sans eux, notre vie serait complètement
changée. Ils servent à construire, à protéger, à attacher, à soutenir,
à afficher, à contenir. Ils peuvent même aider à détecter la présence
de virus ! Science-fiction ? Non ! Nous parlons des polymères, ou matériaux
plastiques.
Depuis près d'un siècle, les polymères servent à
remplacer des matériaux naturels comme le bois, le verre et les métaux.
Les nombreuses unités de répétition de leur structure chimique rappellent
les anneaux d'une chaîne. La faible densité des polymères et leur modeste
coût de production en font des matériaux de choix dans une multitude de
domaines. Habituellement incolores, ils servent souvent d'isolants électriques.
Mais saviez-vous qu'on en utilise aussi certains comme conducteurs électriques
et qu'un changement de leur coloration permet de détecter la présence d'un
produit ?
Jusqu'à il y une quinzaine d'années, les polymères n'étaient
ni conducteurs, ni colorés. Mais les polymères conjugués sont venus
modifier le paysage. Ce type de structure chimique fait alterner un grand
nombre de liaisons simples et doubles. Les polymères qui en résultent présentent
des propriétés électriques comparables à celles des métaux. Leurs
propriétés optiques se comparent aux meilleurs colorants. Le tout sans
perdre quoi que ce soit des propriétés propres aux matériaux plastiques.
Ces propriétés électriques et optiques inhabituelles
s'expliquent par la facilité avec laquelle les électrons se déplacent le
long des unités de répétition. Une facilité d'autant plus grande que ces
unités se retrouvent toutes dans le même plan. Un peu comme les rails d'un
chemin de fer. Et si ces unités ne sont plus alignées dans le même plan,
la mobilité des électrons diminue : le train doit ralentir pour ne pas dérailler...
Mario Leclerc, professeur à l'Université Laval, utilise
ces changements de mobilité pour transformer les polymères en détecteurs.
Par exemple, en chauffant certains polymères conjugués, les unités de répétition
se mettent à tourner les unes par rapport aux autres. Le polymère, plan à
basse température, se met à « gondoler ». Ainsi, certains polymères
conjugués passent du rouge, à la température de la pièce, au jaune
lorsque la température dépasse les 100 oC. Voilà donc un
thermomètre « colorimétrique ». D'autres polymères, en changeant de
couleur, permettent de mesurer l'intensité relative d'un rayonnement UV, un
peu comme le papier tournesol révèle le pH d'une solution.
On peut imaginer toutes sortes de détecteurs à partir de
ces polymères synthétiques ! Des chimistes en ont même fabriqué qui réagissent
aux protéines ou aux virus. En changeant de couleur, certains révèlent,
par exemple, la présence du virus de la grippe. De plus, la rotation des
unités de répétition les unes par rapport aux autres – qui entraîne
les changements de couleur – provoque aussi une diminution de la
conductivité électrique du matériau. La présence du virus de la grippe
peut donc être délectée à partir de mesures électriques Il n'est peut_être
pas loin le jour où des puces électroniques à base de ces polymères
conducteurs permettront de déterminer des séquences génétiques. Science-fiction
? Non ! Réalité !
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