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Chèvre et araignées font-elles bon ménage ?

          


Que peuvent bien avoir en commun ce petit arthropode qui fait peur à tant de gens et un mammifère comme une chèvre ?  Si vous posez la question à M. Jeffrey Turner, président et chef de la direction de Nexia Biotechnologies Inc., il vous répondra qu’il y a un lien évident entre les deux. Laissez‑moi vous expliquer. 

M. Turner, après des études universitaires en chimie et en biologie moléculaires, a enseigné plusieurs années à l’Université McGill (Montréal), avant de fonder Nexia, en 1993, une compagnie de biotechnologie qui est actuellement la plus importante entreprise canadienne de conception d'animaux transgéniques. S’appuyant sur les compétences de Mmes Keefer, Karatzas et Lazaris, Ph.D., et de M. Baldassarre, principaux responsables des recherches, Nexia s’est donné pour mandat de produire des protéines pharmaceutiques et des biomatériaux dans le lait d’animaux transgéniques, notamment celui des chèvre, afin de rendre ces protéines accessibles aux humains en grande quantité. Par exemple, des chercheurs écossais ont déjà réussi à faire sécréter un facteur de coagulation humaine dans le lait d’une chèvre transgénique. Une fois récupérée, isolée et purifiée en laboratoire, cette protéine produite en grande quantité peut être administrée pour traiter des patients atteints d’hémophilie (dont le sang ne se coagule pas).  

Mais qu’est ce que la transgénèse, et comment fait‑on une chèvre transgénique ?  Pour bien comprendre, il faut d’abord savoir que tout être vivant possède des gènes spécifiques qui se traduisent en caractères particuliers propres à chaque espèce. C’est ce qui nous différencie les uns des autres. Par exemple, il est dans les gènes des araignées de produire de la soie ou du fil, alors qu’il est dans les gènes des mammifères, comme la chèvre, de produire du lait. La transgénèse est le résultat du transfert par manipulation transgénique d’un gène particulier d’une espèce (dans le cas qui nous occupe, celui de la soie d’araignée) dans l’information génétique d’une seconde espèce (ici, une brebis). En utilisant les techniques comme de micro‑injection d’ADN (molécule universelle des gènes), il a donc été possible, chez Nexia, d’obtenir par transgénèse une chèvre capable de sécréter dans son lait des protéines de soie d’araignée (projet BioSteel®).  

Mais pourquoi veut-on faire produire cette protéine de soie d’araignée par une chèvre ?  Pour la rendre accessible en grande quantité et faciliter sa mise en marché. Mais pourquoi en faire la mise en marché ? Cette soie d’araignée bien spéciale est reconnue comme étant le matériau le plus robuste qui soit. Elle est d’ailleurs 25 % plus légère que la fibre synthétique et beaucoup plus résistante. C’est un produit de premier choix pour la confection de vêtements pare-balles. Elle pourrait aussi servir dans la fabrication de prothèses biologiques, ainsi que dans les domaines de l’automobile et de l’aérospatiale. 

Vous croyez que le projet est terminé ?  Loin de là. Les chimistes et les biologistes moléculaires doivent maintenant trouver les moyens d’extraire, d’isoler et de purifier les quelque 1-10 g de protéines de soie d’araignée produits dans chaque litre de lait. Et ce n’est pas tout, car les chimistes devront aussi jouer à Spiderman pour découvrir la façon de fabriquer un fil fort et résistant à partir des protéines de soie afin de tisser des vestes pare-balles. Pour en apprendre  d’avantage sur la réussite de cette jeune entreprise canadienne, je vous invite à visiter leur site Web. http://www.nexiabiotech.com