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Lorsque chimie organique rime avec pharmaceutique  

Photo M. Deslongchamps


Le domaine de la médecine englobe beaucoup plus que des médecins, des infirmières et des pharmaciens. Derrière le travail de ces personnes auprès des patients, on trouve tout un monde de chercheursqui tentent d’améliorer les techniques médicales et les médicaments. L’un des progrès les plus marquants est la réussite de la synthèse de nouvelles molécules organiques (médicaments potentiels) capables decombattre certaines maladies ou de réduire les malaises. Un des meilleurs exemples est la synthèse biotechnologique de l’insuline humaine réalisée en 1978, qui a permis de sauver des milliers de vies. Cette molécule avait été découverte et isolée 66 ans plus tôt en 1922 par MM. Frederick Banting et Charles Best, deux chimistes canadiens qui se sont partagé le Prix Nobel de 1923. C’est dans cette même optique que le professeur Deslongchamps a mis ses compétences en chimie organique au service de la pharmaceutique et du progrès en médecine.

Originaire des Laurentides, au Québec, M. Deslongchamps a obtenu son baccalauréat en chimie de l’Université de Montréal et son doctorat de l’Université du Nouveau‑Brunswick, lequel a été suivi d’une année de stage postdoctoral à Harvard. Après avoir débuté sa carrière à l’Université de Montréal à titre de professeur, en 1965, il s’installe pour de bon à l’Université de Sherbrooke deux ans plus tard. Ce scientifique chevronné, titulaire de nombreux prix (dont la médaille d'or en sciences et en génie du Canada), doit sa réputation à ses compétences en matière de synthèse des molécules organiques polycycliques en laboratoire. Il vous dira que sa plus grande réalisation a été la synthèse du ryanodol, réalisée en 1979, à 41 ans. Il s’agit en fait d’une molécule extrêmement complexe, de la plante Ryania speciosa vahl, qui a nécessité la mise en place de nouvelles stratégies de synthèse et d’une approche différente et révolutionnaire pour l’époque.

Sa compréhension peu commune de la synthèse des molécules l’a amené à établir « la théorie du contrôle stéréoélectronique des réactions », théorie qui vise à démontrer l’importance de la forme tridimensionnelle des molécules et son influence sur leur réactivité. Cette théorie est immortalisée dans son livre  intitulé : Stereoelectronic Effects in Organic Chemistry. C’est aussi grâce à ces nouvelles stratégies que M. Deslongchamps est parvenu à synthétiser l’antibiotique érythromycine-A ainsi que plusieurs autres molécules. 

À l’époque de ces réalisations, le but n’était pas de commercialiser le produit synthétisé (lequel était déjà produit en grande quantité par des bactéries en cultures), mais plutôt de développer de nouvelles techniques d’application potentielle en médecine.

Vous croyez que le professeur Deslongchamps s’est contenté de ces succès et qu’il a ralenti la cadence ?   Détrompez‑vous ! Cet illustre scientifique dirige une équipe de 18 étudiants chercheurs universitaires, appuyés par sept techniciens en chimie. Ses nouveaux sujets de recherche sont la synthèse organique de stéroïdes et de terpènes (grâce aux réactions Diels-Alder transannulaires) ainsi que la polycyclisation anionique. Et ce n’est pas tout ! M. Deslongchamps a récemment fondé la société Néokimia inc., un laboratoire de recherche et de développement dans le domaine pharmaceutique, dont la mission est de découvrir de nouvelles molécules bioactives par synthèse combinatoire, en vue de mettre au point de nouveaux médicaments. Avec ses 20 chimistes travaillant sur divers projets, Néokimia ne devrait pas tarder à trouver des applications biomédicales aux découvertes du professeur Deslongchamps. Enfin, comme M. Deslongchamps a déjà été plusieurs fois candidat au Prix Nobel de chimie, le jour est proche où il se méritera ce prestigieux prix.