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Peut-on vraiment produire de l’électricité à partir du soufre ?  

sulphur


Considérez l’énumération suivante : barrage hydroélectrique, centrale thermonucléaire, charbon, champs d’éoliennes et soufre. Vous pensez probablement que l’élément soufre détonne dans cette liste de méthodes de production d’électricité. Eh bien !, détrompez vous, car le professeur Peter Clark vous prouvera que le soufre est maintenant considéré comme un moyen de production d’électricité. Ce célèbre professeur de chimie de l’Université de Calgary peut même affirmer qu’il serait possible, à partir de l’énergie du soufre, de fournir 25 % de la demande d’électricité de toute la province de l’Alberta.  

Directeur de la recherche chez Alberta Sulfur Research Ltd. (ASR), le professeur Clark a dévoilé tout récemment le fruit de ses travaux. Il s’agit d’utiliser le soufre comme source de combustible afin de produire assez d’énergie sous forme de vapeur d’eau pour alimenter des turbines génératrices d’électricité. Voyons de plus près le processus et les réactions chimiques à la base de ce projet. 

Le sous‑sol de l’Alberta renferme de nombreuses ressources naturelles, comme du charbon, du pétrole, des sables bitumineux et du gaz naturel. On retrouve dans le gaz naturel des gaz non corrosifs contenant surtout du méthane (CH4) (gaz commercial), et des gaz acides, contenant du dioxyde de carbone (CO2), du sulfure d’hydrogène (H2S) et du méthane (CH4). Habituellement, les gaz acides sont traités pour récupérer le méthane, le CO2 s’échappe dans l’atmosphère, tandis que l’on fait réagir le H2S pour obtenir du soufre pur (S8) que l’on entrepose dans d’énormes contenants à l’extérieur. Ce que propose le professeur Clark, et qui a déjà été démontré en laboratoire, c’est que l’on utilise les gaz acides de façon plus profitable. Comme d’habitude, on les débarrasse d’abord du méthane, pour ensuite conserver le H2S et le CO2. Ces deux gaz sont ensuite amenés dans une enceinte sous pression où l’on procède à leur combustion. Les produits issus de cette combustion sont le dioxyde de soufre (SO2), de la vapeur d’eau et ce qui reste de CO2. L’énergie libérée sous forme de vapeur d’eau pendant cette réaction est tellement puissante qu’elle peut faire tourner des turbines génératrices d’électricité. À titre de comparaison, la combustion du charbon (source première d’électricité en l’Alberta) produit 8000 BTU/livre, alors que celle du sulfure d’hydrogène est de 6000 BTU/livre. 

Mais ce n’est pas tout. Le CO2 et le SO2 sont récupérés dans les réservoirs de gaz acides. Il se produit alors la réaction suivante :  

 SO2(g) + 2 H2S(g)       S8(l) + 2 H2O(g)  

Cela signifie que le SO2, substance hautement polluante, est récupéré sous forme de soufre, et que le CO2 n’est jamais relâché dans l’atmosphère, mais gardé en circulation interne. De plus, le soufre liquide ainsi formé peut lui aussi être amené à la chambre de combustion pour former du SO2 tout en libérant une énergie de 4500 BTU/livre. Une fois les réserves de H2S épuisées, les réservoirs souterrains ne contiendraient que du soufre liquide, auquel on pourrait ajouter les surplus de souffre des raffineries de pétrole extraits des sables bitumineux pour entreposer le tout de façon plus sécuritaire. 

Cette réserve de soufre présenterait très peu de risques pour l’environnement comparativement à l’entreposage extérieur. En outre, ce soufre enfoui serait accessible aux générations futures. Actuellement, on utilise le soufre surtout comme fertilisant, et dans divers produits de synthèse comme les élastomères. Cependant, la production dépasse de beaucoup la demande, et l’accumulation est devenue un problème de taille.

Bref, en plus de fournir une quantité considérable d’énergie et de potentiel électrique, cette nouvelletechnologie chimique serait très écologique, car elle empêcherait la libération de gaz polluants comme le SO2, et le CO2.  

Grâce à des partenariats industriels, l’équipe du professeur Clark, additionnée de plusieurs ingénieurs chimistes et autres, procédera sous peu à la construction d’une usine pilote qui servira de prototype à la première usine commerciale prévue pour 2004.